Notes

« Visages »

Je travaille actuellement sur une série de photos dans laquelle des gens de mon entourage viennent poser, sans parure devant l’objectif, en répétant plusieurs fois le même mouvement de tête… Largement surexposés, la photographie ne conservera des visages que les éléments les plus symboliques : les yeux, la bouche et la chevelure, autant d’éléments érotiques bien que le grain de la peau ait disparu. Ces visages semblent ainsi désincarnés. Imprimer sur un support transparent ils restent insaisissables. Une douce et diffuse présence étrangère… de l’autre, devant soi.
La lumière ne révèle plus le visage mais le fait disparaître ; ce dernier est ainsi baigné de lumière, noyé dans le fond blanc. C’est parce que la chair se retire, disparaît que le regard, la présence de l’autre se manifeste.
Imprimé sur du plexiglas, le jeu d’apparition et de disparition du visage se poursuit ; la lumière projette sur le mur l’ombre du visage.

Un jeu de face à face avec l’objectif : demander au modèle de se retourner et de fixer l’objectif : buste de ¾ et et mouvement de la tête vers l’objectif.

Quel titre choisir pour ces photographies de visages ? Il ne s’agit pas dépeindre une identité mais d’interroger la présence de l’autre.

Pas de mise au point net sur le visage, tout semble échapper à l’arrêt du temps qu’est la photo.
L’image est mise en mouvement par l’accrochage et la lumière réelle.
Ne pas emprisonner l’autre ; multiplie les prises de vue et choisir celle qui me regarde.

Les souvenirs de l’exposition des portraits de Memling à Bruges et le tableau de Vermeer, La jeune fille à la perle me hantent. Comment arriver à cette présence visuelle de l’autre, cette « aura » ?